[Carnets Féministes] Ma Culture du Viol

[Trigger Warning : Viol – Violence sexuelles – Harcèlement]

Le terme “Culture de viol” est expliqué dans plusieurs articles dont les liens se trouvent en bas de la page.

J’ai 20 ans, je suis rentrée à Paris pour soutenir une amie qui porte plainte contre son violeur, un proche. Je suis secouée. Je raconte à mon père, à table, ce que mon amie a vécu, mon père me dit “Mais elle est conne ou quoi celle là, pourquoi elle ne s’est pas défendue?

J’ai 10 ans, je me moque avec mon amie Jeane, des jupes courtes et du rouge à lèvres que certaines filles amènent à l’école. Nous “on est pas comme ça”. Je me sens très fière.

J’ai 14 ans, dans ma rue je ne réponds pas à un type qui m’interpelle. Il est avec un couple, qui rigole de la situation. Le type s’énerve, s’emballe, me court après, je panique, je ferme la porte de l’immeuble mais il arrive à l’ouvrir, je monte les escaliers en courant. De toute mes forces. J’ai l’impression que mes poumons vont exploser, et tout ce que j’arrive à me dire c’est “mais pourquoi les autres rigolaient???”

J’ai 18 ans, je rentre de soirée et je réalise qu’à l’arrêt de bus un mec se branle en me regardant. Je suis terrifiée, et j’en parle à mon amie Estelle qui me confie “ça nous arrive à toute, ça va aller.”

J’ai 16 ans. Pour être provoc et faire comme sur les forums de jeux vidéos que je commence à fréquenter, je dis d’un mec mignon “il est violable”.

J’ai 7 ans, j’ai mis du rouge à lèvres (celui de ma maman), pour essayer. Pour être jolie. Je me suis faite engueuler, ma mère me frotte les lèvres avec un gant de toilette. J’ai l’impression d’avoir fait une très grosse bêtise. J’ai vraiment honte d’avoir eu envie d’être belle.

J’ai 19 ans, je rentre de Bruxelles à Paris, voir mes amis et ma famille. À la station St Paul, en rejoignant mon père, à 11h du matin, un mec m’alpague.
Je dis “pardon non, je n’ai pas le temps”. Il me hurle dessus, me traite “de sale petite allumeuse, de grosse vache, sale pute”.
Je hurle en réponse, comme une môme de 9 ans ” JE VAIS LE DIRE À MON PÈRE”.
Je rejoins mon père dans la voiture, je lui raconte.
Il me regardes exaspéré : “tu trouves pas que t’exagères quand même?“.

J’ai 12 ans. J’attends ma mère et mon frère sur le banc public en face de mon immeuble. Un vieux monsieur me parle. Il me fait des compliments, sur mon corps. J’écoute à moitié. J’ai un peu chaud, je voudrais qu’il arrête de me regarder comme ça. Il me demande mon âge. Je réponds. Il me dit que je mens, que j’ai “un corps de femme”. J’ai envie de vomir, je me réfugie dans la cour de mon immeuble. Je veux raconter à maman, mais j’ai honte. J’ai l’impression d’avoir fait quelque chose de mal. Je ne dis rien.

J’ai 15 ans, je rigole parce que ma copine Lila vient de dire “mais t’as vu sa gueule, elle est inviolable“.

J’ai 21 ans, je suis dans le tram à Bruxelles qui va de Schaerbeek à Bourse. Avec mon meilleur ami. Dans la foule, un type me colle son érection dans le dos. Je tremble. Il me murmure à l’oreille ce qu’il “veut me faire”. Je suis tétanisée. Je n’arrive pas à bouger.
J’attrape la main de mon ami, et je nous force à descendre une station plus tôt. Amaury me dit “mais enfin on descend pas là”, je n’arrive pas à lui dire ce qui vient de se passer, ça ne sort pas. J’ai trop honte, je fais semblant de rien.

J’ai 11 ans, je suis en Corse, chez un vieil ami de mon papa. Son fils s’amuse à me piquer ma casquette et à la frotter dans son slip. Ça fait rire son frère et mon copain Antoine. Je vais le dire à mon père. Il m’écoute à moitié, me gronde, “qu’est ce que tu racontes, c’est pas grave, tu veux toujours faire des histoires”.
Je pleure en silence aux toilettes. Je ne veux plus mettre ma casquette rouge en éponge de tout l’été.

J’ai 24 ans, je regarde ma colocataire, mon amie, se faire harceler moralement et verbalement, et j’excuse son agresseur. Je lui paye des coups pour “parler” avec lui quand même et je me convaincs que cette fois, il a compris.

J’ai 13 ans. Y’a pas de smartphone, juste des petits appareils photos jetables.
Ma pote Fatou vient me dire “tu sais Zoé, les garçons prennent des photos de tes seins en cours de sport, parce que tu n’as pas de soutien-gorge. Il faudrait vraiment que tu en mettes.”

J’ai 17 ans, c’est mon premier anniversaire avec mon premier copain sérieux. Je me maquille toute seule pour la première fois. C’est Hélène, la copine de ma maman qui m’a appris. Je suis heureuse et fière. Je montre à ma mère qui me dit “ça fait vraiment pute“. Je me démaquille dans les escaliers.

J’ai 23 ans, j’écoute mon amie me raconter que son copain, certain matin, la viole. Je n’arrive pas à trouver les mots. Je sèche ses larmes. Je l’entoure de mes bras.

J’ai 24 ans, j’ai 4 amies qui ont été violées et qui ont pu m’en parler. Deux seulement porteront plainte. Une seule plainte aboutira à des actions légales, aux prix d’efforts inhumains et d’un grand coût moral. Mon autre amie est tellement mal reçue par la police lors de son dépôt, qu’elle ne poursuivra pas les démarches.

J’ai 25 ans, et une fois de plus suite à trois témoignages, je dégage de ma liste Facebook un type qui agresse sexuellement et moralement des filles dans ma communauté sportive. J’ai toujours sa copine dans mes contacts.

J’ai 26 ans, et sur mon feed Facebook, un pote linke une blague pas drôle sur le viol. Personne pour le reprendre. Dans nos contacts en commun, je connais au moins deux victimes. Dont une que je sais ultra vulnérable. Il n’en saura jamais rien, mais il a peut être déclenché une énième crise d’angoisse, pour un jeu de mots pourri et pour pouvoir prétendre “qu’on peut rire de tout“.

J’ai 26 ans, et le bilan est terrifiant. Pourtant il pourrait être bien plus lourd je me dis.

Ce qui fait peur c’est que ce que je raconte c’est, à peu de choses près, ce qu’ont vécu toutes mes amies. On en parle, nonchalamment ou pas. Mais sans vraiment être surprise.
Ce qui fait peur c’est qu’en grandissant, les adultes principaux autour de moi ont participé à créer un climat de honte, de non-dits, et perpétuaient des clichés qui facilitent toutes ces violences.
Ce qui fait peur c’est que j’ai longtemps moi même fait écho à ces clichés, continué à nourrir un narratif où certaines filles sont des “salopes”, où les violeurs sont “des monstres imaginaires” et jamais nos amis, où quelque part : la faute est partagée si tu es rentrée trop tard et habillée trop court.
Ce qui fait peur c’est que j’ai laissé mes potes faire des blagues grasses sur le viol, pour ne pas encore être l’éternelle rabat-joie.

Mais poser tout ça en ligne, sur du papier virtuel, c’est cathartique.
Je me sens délestée (c’est pas peut dire vu mon poids, poudoum pou tchi). D’ailleurs, si quelqu’un se sent de reprendre le processus et de détricoter “leur culture du viol” : faites le. Je vous y encourage. Vraiment. Et envoyer moi votre article. Plus on en parle, plus on ouvre le débat, plus on avance.

J’ai 26 ans et j’essaye activement de ne plus faire partie du problème. Et vous ?

Cet article m’a demandé beaucoup d’énergie, mais j’espère pouvoir en faire un autre qui pourrait s’appeler “et maintenant, on fait quoi?”, avec des pistes de solutions, des choses auxquelles ont peut penser et qu’on peut faire, pour éviter de continuer à faire vivre la culture du viol. 


Ressources pour aller plus loin :

9 thoughts on “[Carnets Féministes] Ma Culture du Viol

  1. Bon. Déjà, j’ai adoré ton article ça c’est une chose. Je n’avais jamais fait le rapprochement entre les “techniques de drague” déplacées, le harcèlement et la culture du viol. C’est dingue comme la “normalisation” de l’objectivation sexuelle de la femme fait partie de nous depuis qu’on est toutes petites. C’est triste putain, et j’ai tellement l’impression que ça ne change pas, on est en 2016 quoi!

    Merci de nous parler avec tant d’honnêteté, merci de dénoncer et d’encourager à le faire. Merde, à chaque fois que tu ponds un article j’ai une énorme envie d’écrire moi aussi, ailleurs que dans mes carnets quoi! Une véritable source d’inspiration.
    Et du coup, comme j’ai pas de blog, je vais étaler ici, et exactement de la même manière (parce que j’ai trouvé ta méthode ultra émouvante et parlante) que toi, mes quelques “expériences” dans le même genre.

    – J’ai 17 ans, c’est un soir d’été, il fait déjà noir dehors, je traverse Namur en jupe naïvement pour rentrer chez moi. Un type m’interpelle et me dit que je suis jolie, qu’il veut bien faire la route avec moi, je rigole et lui dit que ça ira c’est bon, il insiste et me tire par le bras. J’hausse le ton, ouf il me lâche, je ne sais plus ce qu’il disait quand j’ai tracé la route.

    – J’ai 17 ans, avec ma copine du même âge, on revient d’un petit festival urbain, il doit être minuit 1h du mat’, il fait chaud. On traverse la ville, une voiture s’arrête à notre hauteur, le type descend sa vitre et tout en mimant ce geste obscène pouvant rappeler l’acte de la fellation, nous demande: “c’est combien les filles?”, on se marre et il s’en va.

    – J’ai 16 ans, je porte exactement le même t-shirt plutôt décolleté que ma copine, exactement le même, acheté la veille ensemble. On est à l’école, le directeur passe à côté de nous, s’arrête devant moi et me fait discrètement le remarque qu’il est interdit de porter des t-shirts aussi échancrés. On rigole, et on en rigole encore quelques années après.

    – J’ai 16, 17, 18, 19, 20 ans, je descends de ma chambre, habillée et préparée, je me sens jolie. Mon frère plus âgé de 2 ans, me regarde, rigole et me dit: “tu vas faire le trottoir?”. Je râle et l’insulte, ou parfois je rigole.

    – J’ai 18 ans, ce jour-là, je décide de ne pas me maquiller pour aller à l’école. Arrivée en classe, mes camarades féminines me demandent ce qui ne va pas. Si j’ai assez dormi, assez mangé, si j’ai pleuré.

    – J’ai 20 ans, ce soir-là, je me rends avec des amis en festival électro. Je bois beaucoup d’alcool, au moment d’aller me resservir au bar, un des serveurs me demande de l’approcher, comme s’il devait me dire un truc, j’y vais, je le trouvais mignon en plus. Je m’approche et tend l’oreille, sans que je sache quoi faire, il enfonce sa tête dans mon décolleté. Ça ne dure “que” 3 secondes pourtant j’ai l’impression que ça dure 10 minutes. Il se relève se marre, regarde ses potes serveurs qui se marrent, et moi je me marre et pars.

    – J’ai 21 ans, je suis invitée à une soirée chez une copine. On est beaucoup, on picole, je connais pas grand monde, j’essaye de sympathiser, surtout avec un des garçons présents. Vient le moment d’aller dormir, j’ai un grand lit pour moi toute seule, cool! 10 minutes après avoir éteint la lampe, quelqu’un rentre, et vient dans le lit, c’était le garçon en question, sans m’en parler il commence à se frotter à moi, j’accepte. Au final, quelques minutes après ça tombe à l’eau. Le lendemain on ne s’est même pas reparlé, je me sens gênée mais me force à penser que c’est normal.

    – J’ai 24 ans, je partage sur Facebook un article vachement inspirant et bien écrit d’une fille dénonçant diverses inégalités homme-femme et autres injustices. Un pote âgé de 22 ans commente: “Féministe… -_-”

    – J’ai 16 ans, pendant l’intercours à l’école, on est 6 camarades de classe à attendre dans le couloir, l’un deux mange des cacahuètes, je suis en face de lui, il décide d’en lancer dans mon décolleté et se marre, je rigole aussi.

    – J’ai 18 ans, mon entourage féminin comme masculin, n’en revient toujours pas que je sois encore vierge, ils sont choqués et rigolent. Ça me fait rire mais je me sens gênée.

    – J’ai 24 ans et à chaque fois que je pense à mon adolescence je me dégoûte. Durant mon enfance, on ne m’a jamais vraiment parlé de tout ça, de la place de la femme, ni ma mère, ni ma soeur, ni ma marraine personne. J’avais toujours mon nez fourré dans les magazines d’ado et de femme. J’avais toujours les yeux scotchés à la télé dès qu’il y avait un programme style Star Ac, émission musicale, dès qu’il y avait du rouge et des paillettes quoi, avec en fond sonore les commentaires de ma mère “oh lala, celle-là elle aurait pu mettre un soutien-gorge! ; oh elle aurait dû prendre la taille au dessus pour sa robe celle-là! ; mon dieu on dirait une pute celle-là avec son maquillage et sa mini jupe”. Et voilà, c’était parti, à force de lire de la merde dans la presse féminine, à force d’entendre des critiques pour TOUT et surtout N’IMPORTE QUOI envers les femmes (même de la part de ma mère, mes frères, mes ami(e)s), je m’étais forgé ma petite personnalité à chier: à partir de mes 16-17 ans, je me disais que je n’étais pas intéressante, je me disais qu’il y n’y avait que mon physique qui devait compter. Comme j’ai toujours été ronde, je misais tout sur mon décolleté, sur la longueur de mes jupes, plus court c’était mieux c’était! Et c’était pas pour moi, c’était pour les autres. Je voulais attirer, je voulais être belle, je ne voulais pas avoir de rapports sexuels mais je voulais attirer parce que je pensais que c’était comme ça que ça devait aller pour les femmes, point barre. Pourtant, quand je croisais en rue une fille habillée “légèrement”, je le traitais de pute ou de salope intérieurement, en la critiquant de la tête aux pieds. J’en ai beaucoup souffert, avec le recul c’est parfois pire. Ecrire ici mes diverses “expériences” me rend dingue, comment ai-je pu rire de tout ça? Comment certaines personnes peuvent trouver ça normal? Avec le temps je me rends compte des conséquences que ça a eu sur ma vie de femme et sexuelle. Avec mon amoureux, qui partage ma vie depuis plus de 3 ans maintenant, j’ai parfois encore du mal avec certains gestes.

    Merci pour ton article, ça m’a fait énormément de bien. Ce serait génial que tes contacts et abonnés “jouent le jeu”, ça pourrait faire une super liste qui dénonce. J’ai espoir qu’un jour les choses changent enfin, tu fais partie des gens qui font bouger les choses 🙂

  2. Oui j’aimerai beaucoup écrire un article sur votre mur. Mais aujourd’hui, je ne trouve pas la force alors que l’inspiration est bien là.
    Merci pour ce que vous faites !

  3. Après lecture de cet article, je n’ai pu m’empêcher de penser à toutes ces choses qui me sont arrivées, ou sont arrivées à mes proches. Toutes ces choses qui mettent mal à l’aise et restent en tête, et que pourtant on n’aborde jamais parce qu’on sait que c’est “pas si grave”.
    J’ai essayé moi aussi de faire mon bilan personnel. il manque certainement des choses que j’ai occultées, ou des choses que je n’ai vraiment pas envie de publier sur internet. Parce que même si je sais que ce n’est pas de ma faute, je sais qu’on pourrait me reprocher de l’avoir dit, et j’ai encore honte parfois, de n’avoir rien dit, de n’avoir rien fait. De m’être laissée faire.

    J’ai 10 ans.
    Le fils de mon prof de judo, toujours désagréable avec moi, me croise dans le couloir avant le cours. Il me dit “bonjour, hein!”. Par politesse, je vais lui faire la bise.
    Il m’attrape les fesses à pleines mains et me colle contre lui. Il me fait la bise et me lâche. Ses copains rigolent, ils s’en vont. Moi je reste au milieu du couloir, hébétée, à me demander ce qui m’est arrivé, et je tremble comme une feuille. Il a 17 ans.

    J’ai 14 ans.
    Une fille de ma classe est “une salope”. Elle l’a “déjà fait”. En plus, elle s’est fait dépuceler dans une cabine de piscine. Jamais je ne lui demanderai si c’est vrai, ni comment elle la vécu.

    J’ai 16 ans.
    Ma première fois. Je suis amoureuse, on a attendu d’être sûrs. On a déjà eu quelques expériences d’intimité qui ne me plaisaient pas. Je me laissais faire pour lui faire plaisir, parce que c’est mon premier grand amour.
    Mais cette fois nous avons entamé les choses et je me sens bien. Ca me plaît. C’est moi qui lui fais comprendre que je suis prête pour le grand saut, il ne me force pas.
    Au moment de l’acte, j’ai mal. Pas une douleur insupportable, mais une gêne. Je lui dis “arrête, j’ai mal”. Il me répond “la première fois c’est normal, ça va passer attends” et continue.

    J’ai 7 ans.
    Je vais jouer chez un copain de classe qui a une piscine. Il me montre sa nouvelle tente, montée dans le jardin. J’y trouve une photo d’une femme nue, imprimée sur une feuille de cours quadrillée.

    J’ai 10 ans.
    Un copain utilise le terme “se branler” à l’école.
    Naïvement, je lui demande ce que ça veut dire. “C’est faire l’amour avec sa main”.
    Je trouve ça bizarre et ça me met mal à l’aise qu’il me parle de ça.

    J’ai 19 ans.
    Je suis avec mon petit copain depuis un moment. Je ne suis jamais très motivée à faire l’amour avec lui. C’est tout le temps la même chose. Mais comme il râle et me fait la tête, parfois je le laisse faire. Alors ça fait mal et je passe mon temps, après, à aller me nettoyer pour que ça arrête de brûler.

    J’ai toujours 19 ans.
    Il m’a trompée. C’est ma faute, je ne le laisse pas faire assez souvent.

    J’ai 16 ans.
    Une rumeur dit qu’une fille de l’école s’est mise en soutien par webcam avec un garçon. Il a pris une photo.
    Je me moque de la fille et demande qui a la photo, pour voir.

    J’ai 23 ans.
    J’apprends qu’une fille de 13 ans, que je connais rapidement de vue, a fait une video hot avec son copain. Ils se sont séparés, et lui partage la vidéo. Je ne les connais pas assez que pour intervenir, pourtant j’ai envie d’appeler la police.

    J’ai 12 ans.
    Une rumeur circule disant qu’une fille de l’école se fait toucher par son beau-père, mais qu’elle ne veut pas qu’on le dise.
    Je le dis à ma maman, en lui demandant quoi faire, mais en lui demandant de se taire.
    Ma maman en parle autour d’elle, on commence à se rapprocher d’une piste, à une vitesse telle que j’en ai le tournis.
    Pour protéger le secret de cette fille, par peur d’être “la balance”, je dis que j’ai tout inventé.

    J’ai 26 ans.
    Je ne compte plus les “vazy sale pute”, “viens faire connaissance”, “mademoiselle t’es charmante donne ton numéro”.

    J’ai 21 ans.
    J’adore sortir avec mes amis, mais je n’ai pas de voiture. J’ai toujours peur qu’on m’agresse dans les transports.
    Mes copains rigolent et disent “arrête, te violer, toi? Faudrait déjà être très en manque!”

    J’ai 26 ans.
    Et je n’ose même pas mettre mon nom. Pas envie qu’on me reconnaisse, qu’on ait pitié. Qu’on me dise “ah on dirait pas que t’as vécu ce genre de choses”. Qu’on me dise “ouais mais y en a plein qui vivent pire hein”. Qu’on me reproche de ne pas en avoir parlé.
    Simplement parce que je n’y pensais plus, il a fallu cet article pour avoir le déclic.
    Et parfois aussi, parce que certaines choses que j’ai “omises” sont tellement malsaines que j’ai honte, malgré moi.

  4. Je lis ton articles et ces témoignages sont troublants, voir même d’une certaine manière touchante mais pas de manière commune. Je suis un garçon et j’ai une boule au ventre. Je suis bouche bée et me rends compte que certains chemins de vie, comme les témoignages partagés ici ou tout simplement celui d’une jeune fille, d’une ado ou même d’une jeune femme, peut importe son âge, que l’on croiserait dans le tram ou dans la rue ne sont assurément pas à la hauteur de certains sourires que l’on pourrait avoir la chance de voir apparaitre sur vos visages.

    Nous vivons malheureusement dans une société qui a fait de la femme ce qu’elle n’est pas, un objet. La culture du viol va bien évidement au-delà de cette industrie conditionnée mais, à mon sens, elle y contribue.

    Sortant de la bouche d’un gars, (Je n’ai que 26 ans mais je suis très touché par cette situation), cela peut, peut-être, sembler impromptu mais la sincérité des mots que je partage ici en sont à l’opposé et sincères. Vraiment.

    Il est évident que ce sera toujours plus facile à dire qu’à faire mais soyez fortes, vous êtes belles, peu importe la taille, l’âge, le style, la beauté est quelque chose de subjectif, c’est avant tout à l’intérieur que ça se passe au niveau du petit truc à gauche qui bat chaque jour.

    Ceux qui diront que c’est votre faute auront toujours torts, la femme a le droit d’être ce qu’elle souhaite d’être et de porter ce qu’elle a envie de porter, n’oubliez pas que vous êtes avant tout libres de vos choix et libres de vivre votre vie comme vous l’entendez.

    Et si je peux me permettre, vous êtes très courageuses d’avoir témoigné votre vécu, vous pouvez être fières, c’est un pas de plus en avant et un pas amène l’autre.

    J’espère que chacune d’entre vous et toutes celles qui restent malgré tout dans l’ombre, ont pu avancer intérieurement, moralement.

    Restez celles que vous êtes et devenez celle que vous rêver d’être, pour vous.

    C’est malgré tout les mains moites que je termine de laisser s’exprimer mon coeur, touché.

    Prenez soin de vous.

    T.

    • Merci pour ton commentaire qui est celui d’un allié dont on a souvent bien besoin. J’espère que cet article t’auras d’une certaine façon donné envie d’écouter tes proches qui vivent sûrement la même chose, et de pouvoir être là pour elles, comme tu l’es dans ce commentaire 🙂

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